Des nouvelles du Dietrich, cinéma Art&Essai de Poitiers
Rédigé par Mathilde, le Jeudi 09 septembre 2010
Voici la newsletter du Cinéma Le Dietrich à ses adhérents (datée d’aout 2010).
Chères adhérentes, chers adhérents,
Comme vous avez pu l’apprendre par diverses sources plus ou moins fiables, le paysage cinématographique poitevin et plus particulièrement l’Art & Essai va être quelque peu bouleversé dans les temps prochains. Alors que nous nous battions dans un contexte de plus en plus concurrentiel pour trouver des pistes de développement et mener à bien le projet culturel du Dietrich dans les meilleures conditions, de nouveaux éléments sont venus remettre en question nos réflexions. En effet, il y a 6 mois, nous avons découvert de manière tout à fait impromptue (par voie de presse) les projets de restructuration du TAP Cinéma et du CGR Castille menés par la Mairie.
Les projets de la Mairie
N’ayant pas été directement intégrés aux discussions qui se sont tenues entre le TAP, la Mairie et le CGR, nous avons eu beaucoup de mal à saisir les tenants et les aboutissants de cette épineuse affaire.
Pour faire court, la Mairie de Poitiers et le Grand Poitiers sont parties d’un triple constat :
1/ deux études sur le cinéma réalisées entre 2007 et 2009 montrent un manque d’écrans Arts et Essai sur Poitiers ;
2/ l’activité de la branche cinéma de la Scène nationale (TAP cinéma) est déficitaire (-300 000 euros nous a-t-on annoncé). Dans un contexte de maîtrise des dépenses publiques, c’est un problème pour les financeurs de la Scène Nationale, et notamment pour la Mairie de Poitiers (par ailleurs propriétaire des murs du TAP Cinéma) ;
3/ il faut trouver une solution rapide pour faire disparaître l’espace laissé en friche au départ de l’hypermarché Auchan à Fontaine-Le-Comte (2007).
Pour régler à la fois le problème du TAP cinéma et celui de Fontaine tout en faisant mine de se conformer aux préconisations des études, le Grand Poitiers a donc arrangé un accord avec CGR dans lequel le Grand Poitiers (en lien avec la ville de Poitiers) s’engage à mettre tout en œuvre pour que le TAP prenne à bail 3 salles du Castille qui seront réservées à l’Art et Essai (moyennant un loyer annuel de 180 000 euros).
En échange de quoi la demande d’extension du Méga CGR Buxerolles, refusée à plusieurs reprises pour des raisons évidentes d’équilibre commercial, aura cette fois-ci de grandes chances de se voir acceptée. Et le CGR récupère au passage la possibilité d’asseoir encore un peu plus son monopole sur l’agglomération en installant un multiplexe de 8 salles généralistes à Fontaine-Le-Comte.
Après des tractations dont certaines modalités nous échappent encore, l’administration du TAP a refusé cette offre, proposant plutôt l’occupation intégrale du Castille par le TAP cinéma. La Mairie est restée campée sur ses positions – puisque l’accord avec CGR a été ratifié en conseil de CAP lundi 12 juillet – et à l’heure où nous écrivons ces lignes, le TAP aussi.
Et le Dietrich dans tout ça ?
Dans ce bras de fer entre le TAP et la Mairie, nous nous sommes donc retrouvés dans une situation très délicate où il n’a été pas été facile de nous faire entendre ni de communiquer, n’ayant que peu de poids face aux forces en présence.
Afin d’avoir une vision la plus globale possible de la situation, nous avons rencontré des responsables de plusieurs collectivités et institutions entre avril et juin 2010 : adjointe élue à la culture et la Directrice des Affaires culturelles de la Ville de Poitiers, responsable du Pôle d’éducation à l’Image de la Région Poitou-Charentes, Responsable Cinéma de la DRAC, Responsable culture du Conseil Général de la Vienne pour finir, début juillet, par une audience avec le Député Maire de Poitiers. Nous avons également rencontré à deux reprises les dirigeants du TAP.
Nous avons alerté nos interlocuteurs sur le fait que non seulement notre cinéma souffrait déjà d’un apport de fonds publics très limité, mais que ce projet mettait sérieusement en péril l’activité du Dietrich par le déséquilibre d’équipement entre les deux cinémas d’Art & Essai (3 salles en centre-ville pour le TAP Cinéma contre 1 salle à l’emplacement actuel pour le Dietrich).
Pourquoi notre activité est-elle menacée ? Si le TAP Cinéma dispose de plusieurs écrans sans que Le Dietrich s’agrandisse en parallèle (ce qui est par ailleurs un projet que nous envisageons depuis plusieurs années), notre pouvoir de négociation auprès des distributeurs, déjà fragile, le deviendra encore plus. Nous ne pourrons plus avoir accès aux films les plus porteurs, qui nous permettent la diffusion et l’accompagnement de films plus exigeants ou moins connus. C’est tout notre projet qui s’en trouvera menacé (sans parler des emplois de nos 4 salariés) et, au-delà, la diversité et la qualité de l’offre culturelle sur Poitiers.
Car nous avons également rappelé à nos divers interlocuteurs (et notamment à la Mairie de Poitiers) tout le travail que notre association mène depuis plus de 25 ans, toutes les qualités artistiques et pédagogiques dont notre structure fait preuve au quotidien, la rigueur de notre programmation, nos multiples partenariats, ainsi que l’engagement des dizaines de personnes dans le projet culturel de l’association. Tous ces atouts qui font que le Dietrich a développé depuis toutes ces années des spécificités que peu de cinémas en France ont su conserver…
Il ne s’agissait pas pour nous de mettre en opposition TAP Cinéma et Dietrich ; nous avons juste réaffirmé notre souhait qu’une vraie discussion entre tous les partenaires concernés ait lieu avant toute décision, afin que l’économique ne passe pas avant l’artistique. Cela n’a pas été le cas…
Maigre consolation, nous avons tout de même obtenu de la Ville de Poitiers la garantie d’une réunion rassemblant les acteurs du cinéma, et notamment le nouveau directeur du TAP. Cette réunion (espérons qu’elle se fera le plus vite possible) sera déterminante pour le futur du cinéma dans l’agglomération, et plus spécifiquement pour le Dietrich.
Nous resterons vigilants et fermes afin qu’aucune autre décision ne soit prise en notre défaveur. Même si la lutte sera dure, nous défendrons nos projets de développement et l’indépendance de notre structure, garants de l’originalité et de la qualité de notre programmation. Car le public Poitevin ne doit pas souffrir d’une uniformisation de l’offre cinématographique, ce qui serait le cas si seul le TAP parvenait à se développer (c’est ce qui s’est produit dans de nombreuses villes où l’installation d’un multiplexe Art et Essai a déséquilibré le jeu de la concurrence au point de faire disparaître les structures les plus petites, les plus dynamiques mais aussi les plus fragiles).
En conclusion
Nous considérons que le choix qui a été fait par la Mairie de conclure un accord avec un exploitant privé et de réserver de fait 3 salles Arts et Essai au TAP cinéma est un choix dangereux. C’est un choix de court terme, uniquement politique et économique, qui ne se soucie pas de la diversité culturelle sur l’agglomération ni de la cohérence de l’offre cinématographique faite aux Poitevins (il est à noter qu’en plus de répartir arbitrairement les écrans Art et Essai, ce projet va entraîner un surnombre de fauteuils « généralistes » qui dépassera de loin la capacité adaptée au marché poitevin).
Nous avons conscience de ne peut-être pas avoir assez communiqué sur ces questions. Par manque de temps d’abord, puisque ce travail de récupération d’informations, d’écriture et de rencontres a été long et fastidieux. De plus, nous ne souhaitions pas soutenir publiquement des positions qui n’auraient pas été correctement argumentées ou mûrement réfléchies.
L’Assemblée Générale qui se tiendra le mardi 5 octobre 2010 sera l’occasion de discuter et de débattre avec vous, les adhérents, de l’avenir de notre cinéma. Elle sera aussi l’occasion de rappeler l’importance pour nous de votre soutien, au travers de vos adhésions bien sûr mais aussi en devenant bénévole ou tout simplement en venant voir des films au Dietrich. Le projet culturel du Dietrich a plus que jamais besoin de l’appui du plus grand nombre pour la poursuite de ce qui nous anime, l’existence et la promotion d’un cinéma différent pour les habitants de Poitiers.
Le Conseil d’Administration
de Ciné-U / Le Dietrich
LE DIETRICH EN CHIFFRES
Quelques chiffres… puisqu’ils sont à la mode ! Le Dietrich c’est (pour l’année 2009) :
- 150 adhérents dont 40 bénévoles
- 20 364 spectateurs, soit une augmentation de 7 % des entrées par rapport à 2008
- un déficit de -2 000 euros soit une réduction de -10 000 euros par rapport à l’exercice précédent
- recette billetterie : 82 019 euros
- subvention de fonctionnement de la ville de Poitiers : 23 000 euros (+1 000 euros par rapport à 2008)
- prix moyen du billet : 3,82 euros soit une baisse de 2 % par rapport à 2008.
ASSOCIATION CINÉ-U / CINÉMA LE DIETRICH
salle classée Art & Essai /Labels Recherche & Découverte/ Patrimoine & Répertoire
Tous les films non francophones sont en version originale sous titrée
Salle Accessible aux personnes à mobilité réduite.
salle : 34 bd Chasseigne – 86000 POITIERS – tél.: 05 49 01 77 90
bureau : 22 rue Thibaudeau – 86000 POITIERS – tél./fax : 05 49 58 21 63
site : http://le-dietrich.fr – courriel : cinema@le-dietrich.fr

