BRUISME – édito
Rédigé par Mathilde, le Lundi 31 mai 2010 | Rubrique BRUISME
BRUISME
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EDITO
Bruisme…
C’est-à-dire ?
À dire, pas grand-chose. À entendre, déjà bien plus.
Entendre quoi ? Des musiques libres… mais libres de quoi ?
Libres de plaire ou de ne pas plaire. C’est déjà beaucoup.
Liberté de parole, de ton, sans souci du qu’en-ouïra-t-on.
Libres de ne pas suivre les sentiers déjà maintes fois rebattus, d’en sortir, de les longer, de prendre la tangente, de ne pas filer droit.
Des musiques parfois de traviole, qui nous échappent et qui échappent souvent à toute forme de définition. Des musiques qui proposent un autrement.
Mais un autrement pour quoi faire ? Qu’est-ce qui se jouerait ici et pas ailleurs ?
Pas forcément du mieux ou du meilleur. Au moins du différent. Histoire d’aller voir ailleurs, de faire surgir l’inattendu, l’inentendu, de renouveler les imaginaires, de changer d’air, plus que de changer d’ère. Parce que, ni révolutionnaires ni du futur, ces musiques-là n’existent pas ex nihilo. Rock, jazz, impro, électro, musiques contemporaines, improvisées, ethniques, concrètes… De tout ça elles se nourrissent, empruntent, recyclent. Des musiques ni d’hier, ni de demain, juste de l’instant.
Noise ou minimalistes, acoustiques ou électrifiées, perturbantes ou confortables, qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Du moment qu’elles surprennent, qu’elles donnent autre chose à entendre et surtout, l’essentiel est bien là, qu’elles régalent les oreilles…


Bravo pour la programmation éclectique… juste une petite remarque que m’inspire bon nombre de lieux dédiés à l’improvisation… la notion d’improvisation libre suppose qu’il y a des improvisations pas libres, est-ce lié à des choix esthétiques? à autre chose? je pense qu’il est un peu imprudent de donner un qualificatif d’ordre éthique, la liberté n’est pas un état mais un mouvement, une quête instable qu’on n’atteindra jamais… la liberté n’est pas une valeur absolue elle a besoin d’être contrariée pour donner un sentiment d’existence… dans ce cas quelle est la résistance qui vous permet de parler de liberté? En ce sens une improvisation libre, cela n’a pas de sens, il peut y avoir des improvisateurs qui sont en quête de cela, c’est un comportement engagé… le CIL à Bordeaux signifie Centre d’Improvisation Libre… pour ma part il y a déjà une contrariété entre « centre » et « libre », je préfère de loin les situations élliptiques qui se prêtent aux métissages, en outre le bruitisme est un choix d’agir directement au niveau acoustique, pas de problème pour cela, mais si j’improvise dans un langage codé je ne suis pas forcément moins libre (si vous parlez la langue française et non pas simplement une succession phonétique vous n’avez pas forcément le sentiment d’être prisonnier). En outre ce sont souvent des groupements (la Flibuste par ex.) qui fonctionnent, pour certains parfois, comme des talibans question tolérance qui se disent libres alors que leur langage est hyper connoté dans une sorte d’expressionnisme flamboyant (à ce niveau je les inviterais à découvrir le « Voyage » de Pierre Henry qui date des années 50 mais qui n’a pas mis son attitude en religion). Ma liberté est de pouvoir voyager entre une proposition bruitiste, une fugue baroque, le théâtre nô, une chanson rurale ou urbaine…etc… cette liberté est dans la quête de pouvoir rencontrer l’autre de manière pertinente, mais je n’oserais jamais dire que je suis un improvisateur libre, car cet absolu signifie la mort, l’équilibre dont il ne faut pas bouger alors que l’on sait manifestement qu’il n’y a rien de plus instable que la liberté… cette remarque n’enlève rien sur le « bravo » concernant votre programmation, mais que pour l’amour du ciel on arrête de parler « d’improvisation libre », c’est prendre les autres pour des prisonniers… et ça, il faut pouvoir le prouver…
François Rossé